Aminatou Haidar parle avec le parlementaire basque, Jesus Loz, à Lanzarote (Canaries), le 3 décembre (BORJA SUAREZ / Reuters)
Les régimes autoritaires à travers le monde, ont ce point de commun : La manie de s'illustrer par des actions honteuses et de faire eux-mêmes la promotion de
leurs détracteurs et opposants. Ces régimes révoltent les opinions, s'enfoncent dans l'entêtement, accumulent les maladresses, et font avancer malgré eux les causes qu'ils ont réprimé et etouffé
pendant des décennies.
Qu'il soit parti politique, personnalité ou intellectuel opposé à ces régimes, il suffit d'une simple tour de vis, une exaction de trop, et un océan de
protestation et d'indignation s'enclenche et devient planétaire. On ne peut cacher le soleil avec un tamis disait l'adage bien de chez nous.
Alertée l'opinion mondiale leur tombe dessus, prenant fait et cause, cette opinion tardivement éveillée dénonce et propulse ce problème au devant de la scène de
l'actualité au grand désarroi de ces pays et de leur autoritarisme couvert durant des années par la communauté internationale, les médias, les chancelleries et autres ONG.
De Rabat à la Birmanie, AMINATOU HAIDAR, TOUFIK BEN BRIK ou ANG SAN SUU KYI, le résultat est le même. La répression s'abat sur des citoyens honnêtes qui ont fait
de leur courage le devoir de dire ASSEZ !!
Quel exemple de courage ces femmes nous donnent Monsieur Moubarak ! Toi qui interdis aux Gazaouis même le passage des allumettes, ainsi que le passage à trois
écrivains invités par l'Algerie pour prendre part au Colloque international sur le Roman de Abdelhamid Benhadouga à BORDJ Bou-Arreridj!! Deux écrivains Palestiniens venant de la bande de
Gaza et un autre Soudanais venant de Khartoum devant regagner l'algerie via l'aéroport du Caire.
Sais-tu Monsieur, que ANG SAN SUU KYI, a refusé de se rendre en Angleterre au chevet de son mari agonisant dans un hopital car elle savait qu'elle ne pourrait
plus retourner chez elle en Birmanie car la junte au pouvoir l'en empêcherai ? Toi, tu tais ce que tes cercles et ta clientèle déversent comme insultes sur l'Algerie et ses symboles, comme tu
fermes les yeux sur les souffrances et les douleurs des Palestiniens. Pire, selon haaretz,le journal Israélien, tu construis un mur en acier allant jusqu'à 30 mètres de profondeurs pour rendre
hermétique la frontière avec la bande de Gaza tout au long des 9 km.
Cette fois c'est le régime Marocain qui s'illustre, divulguant la face cachée de cette dictature de velours promue Monarchie constitutionnelle par Paris et
consorts. La mobilisation ne fait que commencer pour le droit au retour de cette femme dans sa patrie. En effet, depuis le 14 NOVEMBRE 2009, la communauté internationale découvre le drame de
cette femme empêchée de rentrer à Laayoune la capitale du Sahara occidental. Rentrant de New-York où elle s'est rendue pour recevoir le prix du Courage Civique 2009 décerné par la fondation John
Train chaque année, elle a été refoulée vers les Iles Canaries pour avoir écris sur la fiche de police sa nationalité "Sahraouie."
Aminatou Haidar, a 42 ans. Elle est mère de deux enfants, et cumul 22 ans de militantisme pacifique pour les droits nationaux de son peuple. En 1987, suiteà une
manifestation, elle a été arrêtée emprisonnée, torturée, portée disparue jusqu'à 1991. En 2005, elle a été arrêtée une seconde fois et y retourne pour sept mois puis libérée en 2006.
Depuis le 14 novembre 2009, elle observe une grève de la faim.
En 2008, l'AFSC, ( Américain Friends Service Committée ) a proposé sa nomination au prix Nobel de la Paix.
La lutte du peuple Saharaoui est complétement escamotée au point de demeurer un conflit oublié dont seul l'ONU continu, sous l'impulsion des Etats concernés pour
une raison ou une autre, de nommer et de dégommer des émissaires au gré des pressions des belligérants. L'Espagne, la France , Les Etats-Unis, et l'ensemble de la communauté internationale
portent la resposabilité quant aux souffrances que ce peuple endure.
Auparavant, il y'a eu au mois d'Octobre 2009 un humanitaire Français ayant travaillé pendant deux années dans les camps de réfugiés Sahraouis. Lui aussi a
observé une gréve la faim. Que tout le monde a tu. Il explique dans cette interview...
Pourquoi je mène une grève de la faim depuis le 9 octobre à El Ayoune, au Sahara occidental
Jean-François Debargue (Humanitaire français)
« Le silence de la France est celui de la lâcheté et des calculs politiciens »
Les camps de réfugiés sahraouis près de Tindouf : De notre envoyé spécial
Vous avez entamé, le 9 octobre dernier, une grève de la faim illimitée pour
attirer l’attention de la France et de la communauté internationale sur le drame que vit au quotidien le peuple sahraoui depuis 34 ans. Après huit jours de jeûne, vous avez décidé de suspendre
votre action. Pour quelle raison ?
J’ai décidé d’arrêter mon action car à ce jour, le 16 octobre 2009 (entretien réalisé vendredi), après 8 jours de jeûne solidaire, je n’ai eu aucune réponse du
gouvernement français à ma demande. D’assourdissant, le silence est devenu coupable. C’est la même chape de silence qui pèse sur le problème sahraoui depuis trois décennies. Depuis des années,
les représentants français observent le même silence à l’ONU. Cela dure encore en ce moment.
Pourquoi ce silence selon vous ?
Sincèrement, je ne sais pas ce que craint « la patrie des droits de l’homme » pour ne pas vouloir simplement reconnaître, à défaut de dénoncer, la
situation de milliers d’exilés en plein désert, ainsi que les atteintes incessantes aux droits humains que subissent ceux qui ont choisi de rester dans leur pays occupé, le Sahara occidental.
Quels intérêts sont suffisamment puissants pour empêcher l’ONU d’appliquer les règles du droit international et obliger 200 000 personnes à rester pendant 34 ans dans cette partie du désert que
même les nomades évitaient ? Pour moi, ce silence évocateur est celui de la lâcheté et des calculs politiciens. Car, je ne comprends pas comment un pays qui a reconnu l’indépendance de ses
colonies et de ses protectorats peut protéger le dernier pays colonisateur en Afrique.
Aucun officiel français n’a vraiment cherché à vous
contacter ?
J’ai prévenu l’ambassade de France à Alger le premier jour de mon action, soit le 9 octobre dernier par le biais de quelqu’un que je connais. Il a fait son
travail. Depuis, je n’ai eu aucune information. Mon frère s’est également déplacé au ministère des Affaires étrangères. Il n’a pas été reçu. Des personnes bien informées m’ont dit que le Quai
d’Orsay avait donné des ordres à l’ambassade pour qu’il n’y ait pas de déplacements et laisser pourrir la situation. C’est l’une des raisons pour laquelle j’ai pris la décision d’arrêter. Pour
moi, il est plus facile de lutter contre un silence coupable que de lutter contre un discours politique qui relève de la langue de bois.
Selon vous, à qui profite ce silence ?
Il y a deux ans, je ne connaissais pas la cause sahraouie. Je peux simplement dire que le silence profite au Maroc. Ils maintiennent les négociations jusqu’au
point de rupture. Ils ont intérêt à laisser pourrir la situation mais à ne pas la quitter, à ne pas quitter les négociations. Je vous rappelle également que le mandat de la Minurso est encore
prolongé jusqu’en 2010. Nous ne pouvons pas accepter que cette mission ne puisse pas avoir porté ses fruits en 34 ans. Il y a des causes. Je peux dire simplement qu’il faut peut-être chercher
également ces causes à la Minurso.
Vos familles en France et dans les camps de réfugiés ont-elles pesé aussi
dans votre décision d’arrêter votre jeûne illimité ?
J’ai effectivement arrêté sous la pression affective familiale, de mes amis et des Sahraouis. Le ministre de la Santé sahraoui était là au 2e jour du jeûne.
J’ai rencontré les ministres de la Coopération et de la Culture. Tout le gouvernement sahraoui s’est déplacé dans la localité où je me trouvais. A l’inverse, aucun sous-secrétaire d’ambassade
n’est venu. Là aussi, le pays des droits de l’homme pourrait, même s’il n’est pas d’accord, continuer à faire preuve d’un peu d’humanité.
A partir de quand avez-vous eu l’idée de mener une action aussi extrême que
celle que vous venez d’endurer ?
J’aurais fait mon possible depuis presque deux ans avec tous les moyens dont je disposais dans ce désert, y compris ma santé. Lorsque les moyens matériels ne
peuvent remplacer des solutions politiques volontairement sabotées, il ne faut pas s’étonner de la mise en place d’autres moyens moins conventionnels. C’est en établissant ce constat que tout
est venu.
Les politiques d’aide ont-elles vraiment atteint leurs limites
aujourd’hui ?
Il y a plusieurs types d’aides matérielles d’urgence indispensables. Ce sont d’ailleurs les mêmes qui sont dispensées depuis trois décennies. J’ai comparé la
liste des produits d’urgence qui existe aujourd’hui avec celle de 1976. Les deux listes sont les mêmes. Le panier alimentaire sahraoui est le plus pauvre de tous les camps de réfugiés du monde.
Les autres types d’aides (les aides éducatives, les aides culturelles et les aides d’organisation) dont bénéficient les camps sont indispensables. Elles ont permis au peuple sahraoui de faire
son unité autour d’une organisation dans les camps. Il y a aussi des aides centrées sur le développement comme celle que je coordonne depuis deux ans. Ces aides-là sont conçues dans la
perspective d’un retour des Sahraouis dans leur pays. Le principe est de faire en sorte à ce qu’ils repartent avec un savoir-faire qu’ils peuvent appliquer. Ces aides risquent d’être
inopérantes si elles ne sont pas appliquées dans les délais qui leurs sont impartis. Il faut tout refaire quand la génération qui en a profité et qui était supposée les mettre en œuvre n’a pas
retrouvé sa terre, son pays. Enfin, il y a enfin des aides qui en réalité masquent l’immobilisme politique. Celles-ci sont lancées pour soulager les consciences de leurs initiateurs. Ces
aides-là, il vaut mieux les refuser. Elles ne doivent pas remplacer les aides politiques. Quand l’aide politique montre ses limites, il ne faut pas s’étonner de voir d’autres initiatives se
mettre en place. Si les politiques avaient fait leur travail, jamais je n’aurais entamé ma grève de la faim.
Comment briser le silence dont vous parlez. Avez-vous un message particulier
à transmettre aux humanitaires comme vous et aux ONG de défense des droits de l’homme ?
Je ne suis pas un porte-drapeau. Je suis quelqu’un qui a vécu suffisamment longtemps ici simplement pour témoigner de ce qu’il a vu et pour témoigner de
l’injustice. J’ai mené cette action en mon nom personnel. Je suis apolitique. Chacun connaît suffisamment bien ses responsabilités pour les prendre. Ce n’est pas à moi de faire la leçon. Je
veux simplement dire qu’avec très peu de moyens nous pouvons quand même faire pas mal de choses. Ceux qui ont davantage de moyens doivent également pouvoir encore s’en servir. Cela dit, je n’ai
qu’un seul message à lancer dans ce sens : c’est celui de Nouena (un membre de sa famille d’accueil dans les camps de réfugiés). Elle appelle les gens à venir voir la réalité dans laquelle
vivent les Sahraouis. Venez ici. Au-delà de l’accueil et de l’hospitalité, au bout de quelques jours, vous découvrirez cette réalité insoutenable que ce peuple endure.
Avez-vous des témoignages à faire concernant le drame que vivent les
réfugiés sahraouis ?
J’ai parlé du programme alimentaire. Je peux vous donner un autre exemple. Les enfants qui sont ici et qui paraissent avoir 12 ans, dans la réalité ils en ont
16. Il y a trois ou quatre ans entre ce que l’on voit et la réalité. C’est ce que les pédiatres appellent un retard de croissance harmonieuse. Si, effectivement, nous passons une journée ici,
nous ne nous rendrons pas compte de cette réalité. Au bout de quelque temps, derrière ce que nous voyons, nous apercevrons des aspects chroniques qui sont inacceptables. Donc, mon message
est : « Venez vous rendre compte de la réalité par vous-même ». Cela permettra du même coup de faire la vérité sur l’information qui est donnée du Maroc. J’ai un nombre
incroyable de témoignages et de portraits dans la tête. Je pourrai tout simplement vous parler de la petite voisine à laquelle je donne des cours de français et qui porte toute la journée sa
petite sœur handicapée. Celle-ci est née ici dans les camps parce qu’il n’y avait pas assez d’essence dans la voiture pour l’emmener en réanimation à l’hôpital. Depuis, cette petite a des
séquelles à vie. Et c’est sa sœur qui a déjà sacrifié sa vie dans ce désert qui va se sacrifier pour l’aider. Des exemples comme celui-ci il y en a à profusion.
Vous voulez dire que les Sahraouis évoluent dans des conditions extrêmes et
des plus précaires ?
Absolument, c’est le cas ! Je peux vous parler aussi effectivement de la mauvaise qualité de l’eau que boivent quotidiennement les Sahraouis et qui est la
cause directe de beaucoup de maladies. Je peux vous parler de leurs tentes qui datent de 8 ans et plus, alors qu’elles sont conçues pour avoir uniquement une durée de vie de 4 ans. Ces
exemples, je ne les donne pas pour larmoyer. Je les donne pour souligner qu’ici, malgré les difficultés, les Sahraouis ont des valeurs que nous avons oubliées chez nous. Il est bon aussi de
venir ici pour retrouver cette humanité. Qui accepterait de vivre aussi longtemps dans ces conditions ? Il faut bien qu’il y ait une humanité énorme derrière pour pouvoir tenir et vivre ce
que vivent ces gens. Néanmoins, ce n’est pas parce que les Sahraouis ont su vivre dans la difficulté que celle-ci doit continuer.
Par Zine Cherfaoui ( Interview réalisé par le quotidien El-Watan -Algérie, du 18 Octobre
2009 )
saharalibre@live.com
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